L'HOMME QUI A PERDU SES MOTS
un documentaire animé par Gwenaëlle Gobé

“Chaque acte de perception est, dans une certaine mesure, un acte de création et tout acte de mémoire est, dans une certaine mesure, un acte d’imagination.”
— Oliver Sacks, Musicophilia: La musique, le cerveau et nous

SYNOPSIS:

En 2013, mon père, Marc Gobé, reconnu pour sa socièté de design renommée et pour son best-seller Emotional Branding, apprit soudainement le diagnostic, il était atteint d’un cancer du cerveau. Coupé du monde extérieur, il se plongea dans les œuvres de ses artistes préférés, où son imagination put compenser son incapacité à communiquer.

L'homme qui a perdu ses mots est un documentaire d'animation court métrage retraçant la bataille que mon père a menée contre le cancer en employant la puissance de son infinie imagination.

Le film a été présélectionné par le prestigieux Creative Capital et présenté sur leur site web On Our Radar.

DESCRIPTION:

Connu pour son cabinet de design Desgrippes, Gobé & Associates, son livre best-seller Emotional Branding, et son intarissable source d’idées, Marc complétait un circuit de conférences en tant qu’invité lorsque son cancer du cerveau fut diagnostiqué.

La chirurgie entreprise  pour ôter la tumeur le laissa incapable de communiquer. Il commença à oublier  noms et lieux et perdit la capacité de fonctionner seul. Dans sa poche, il avait glissé un morceau de papier où étaient notés tous nos noms, y compris le sien. Il s’y référait constamment. Ses paroles étaient toutes emmêlées. Il disait un mot, mais voulait en dire un autre. "maison" était devenu "hôtel", "tumeur" était devenu "rivière" ... Un orthophoniste lui donna des leçons de lecture en utilisant comme texte le livre qu'il avait écrit dix ans auparavant. Il lui fallut une semaine pour terminer la première phrase.

Coupé du monde extérieur, il se plongea dans notre collection de livres d'art. Grâce à William Kentridge, Douanier Rousseau et Alfred Jarry, son imagination put compenser son incapacité à communiquer. Les couleurs et les formes de ses artistes préférés s’entrechoquèrent pour former sa propre langue, qu'il utilisa pour communiquer avec nous.

Marc décéda dix mois après le diagnostic de sa maladie, dans la beauté de son esprit créatif. Ce documentaire d'animation est un témoignage durable de sa vie et de  la force toute puissante de notre imagination.

NOTE DE LA RÉALISATRICE:

À 18 ans, le jour où mes parents m’ont emmenée à l'université, je suis allée au magasin avec mon père pour acheter une couette. Nous venions de passer les 7 dernières heures à conduire, à participer à des événements universitaires, à empiler de nombreux livres et de la literie dans ma chambre  Nous étions grincheux et avions faim.

Un mur entier d'édredons affichés par type de plumes, taille et une multitude d'autres critères s’est présenté devant nous. Nous regardâmes les étagères un bon moment, incapables de prendre une décision. Tu sais, dit-il, le choix d'une couette est très délicat. Il y a tellement d'options! vérifie sa taille, assure-toi qu'il couvre ton corps tout entier car il est gênant d'avoir ses pieds qui dépassent quand il fait froid. Mais surtout, dit-il en me regardant très sérieusement, tu dois dérouler la couette et t’ assurer qu'il n'y a pas des Martiens vivant à l'intérieur. La meilleure façon est de faire des bonds sur la couverture avant de l'acheter. Au cas où des martiens arriveraient en courant, alerte immédiatement le gérant du magasin. Lorsque tu es sûre qu'elle ne contient aucun martien, couche-toi sur la couette pour t’assurer qu'il ne s’agit pas d’une couette VOLANTE. De nombreuses personnes font cette erreur et se réveillent d'une sieste un mètre au-dessus de leurs lits. Je souris. Et tout à coup, comme ça, la journée devint une aventure magique.

Je crois que ce qui a gardé Marc à flot durant sa maladie était son aptitude à imaginer son environnement d'une manière qui correspondait à ses capacités. Dans le livre L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Oliver Sacks décrit un professeur de musique dépouillé de sa faculté à distinguer les visages et les objets. Il perd peu à peu sa capacité à converser avec d'autres, à se déplacer à la maison ou à l'extérieur, à s’habiller par lui-même ... Pourtant, s'il chante, il peut vaquer à ses occupations quotidiennes sans aucune entrave. La musique remplit le vide laissé par ses failles neurologiques. Marc n’était pas un musicien, mais une source intarissable d’idées surgissait de lui. Lorsque ses capacités mentales se sont étiolées, c’est cette partie de lui qui est venue à la rescousse. Il a créé un monde où il pouvait fonctionner et être lui-même.

Avoir un cancer, écrit le Docteur Muckerjee dans son livre primé par un prix Pulitzer Cancer: L'empereur de toutes les maladies, est comme être coincé dans une salle de miroirs. Tout commence à refléter une mort imminente. Survivre devient l'objectif principal et unique, au point où un monde sans cancer est oublié. La vie est soudainement remplacée par des visites à l'hôpital, les rendez-vous de radiothérapie, les auscultations, les horaires de prise de médicaments, la gestion des effets secondaires et la fatigue. En raison de sa maladie, Marc avait perdu son sens de l'orientation, son sens du temps, et sa capacité à avoir une conversation. La tumeur le contraignit à l'isolement. Coupé du monde extérieur, il se plongea dans sa collection de livres d'art. Grâce à William Kentridge, Douanier Rousseau et Alfred Jarry, son imagination put compenser son incapacité à communiquer. Les couleurs et les formes de ses artistes préférés s’entrechoquèrent pour former sa propre langue, qu'il utilisa pour communiquer avec nous. Dans ce monde-là, il put être libre du cancer, vivre pleinement et donner libre cours à son imagination.

J’ai observé mon père dans les derniers mois dévastateurs de sa vie avec l'intention de raconter son histoire. Le cancer est bien plus que des statistiques, des essais cliniques, des hôpitaux et des médecins tels que nous sommes habitués à le voir aux informations. C’est aussi l'histoire déchirante de patients et de leurs familles. Marc est décédé dix mois après son diagnostic dans la beauté de son esprit créatif. Ce documentaire d'animation est un témoignage durable de sa vie et de la puissante force de nos imaginations.

STYLE VISUEL:

Utilisation de clips, de photos, des enregistrements audio et des dessins, le film recrée le monde de Marc durant ses dix derniers mois en progressant d‘une certitude photographique à l'imagination animée.

Il aimait se vanter d’avoir grandi dans la même ville que le Douanier Rousseau, qui utilisait des coupures de photo et sa créativité pour évoquer des paysages fantastiques. Pour reconstruire la mémoire de Marc, je vais utiliser une approche similaire à celle de Rousseau, en combinant la documentation de la vie réelle et la reconstitution inventée de ce à quoi le journal de Marc aurait pu ressembler au cours de ses dix derniers mois.

A PROPOS DE GWENAËLLE GOBÉ:

GWENAËLLE utilise différents mediums pour raconter la quête d’identité, de sens et d’appartenance dans le contrat social. Née à San Francisco de parents français, elle a grandi bilingue, parlant français à la maison et anglais dans la nature. Cette juxtaposition de cultures a formé sa vision du monde et a incité son exploration de la nationalité, de l'espace public, de l'héritage culturel, de l'engagement civique et de la contestation.

En utilisant les supports du documentaire et de la photographie, les films de Gwenaëlle captent les événements de la vie réelle et portraits personnels avec émotion, énergie et poésie. Son film This Space Available explore l'impact négatif de la pollution visuelle sur les villes et les gens à l'échelle mondiale. Le film a d’abord été présenté au DOC NYC et projeté dans des festivals et des institutions à travers le monde, y compris au Festival du Film de Mumbai, le Festival du Film de Moscou, le Musée de l’Art de Varsovie, l’Université de Columbia et la Semaine du Design de Beijing. Son court-métrage King of the Line suit cinq pionniers du Graffiti de métro dans leur lutte pour investir l'espace public de leur art et signature. Il a remporté le prix du meilleur documentaire au Festival BeFilm et a été projeté dans le cadre de la rétrospective sur Henry Chalfant (auteur du livre séminal Subway Art) à la Galerie Hellenbeck.

Les illustrations de Gwenaëlle, bandes dessinées, et le travail d'animation sont des méditations oniriques détaillées sur le voyage visant à comprendre comment nous façonnons notre monde. Son travail a été présenté, y compris à l'échelle internationale dans Subliminal Projets de Shepard Fairey à Los Angeles, à l'Institut français de l'Alliance Française à New York, à l'Institut des arts visuels à Londres et est apparu dans Swindle Magazine, 3x3 Illustration annuelle, Desert Island’s Smoke Signal et la compagnie de vêtements Obey the Giant.  Elle est également la créatrice de la série de bande dessinée auto-publiée The Diary of Stephanie.

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A PROPOS DE MARC GOBÉ:

MARC était un designer, un expert en marketing et image de marque, cinéaste, auteur et conférencier. Il était cofondateur de  l’agence internationale de branding reconnue Desgrippes Gobé et Associés avec des bureaux à Tokyo, Séoul, New York et Paris. Il était également l'auteur du best-seller 2001 livre Emotional Branding: Le nouveau paradigme pour relier les marques aux gens (éditions Allworth, 2001). Son livre a été traduit en 17 langues. Marc a travaillé avec des clients tels que Coca Cola, Estee Lauder, Abercrombie & Fitch, Banana Republic, Ann Taylor, Victoria Secret, IBM, Johnson & Johnson, Danone, Procter & Gamble, Telefonica, Unilever et Samsung. Marc était diplômé de l'Ecole Professionnelle de Design Industriel à Paris.